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Faut-il préférer Bio ou Local ?

La question « Faut-il préférer Bio ou Local ?», située page 37 de notre livret « La Bio en Questions » résonne d’autant plus avec l’actualité et l’évolution de la consommation en circuits courts.

Le confinement avait été un accélérateur de la tendance « consommer local ». Basé sur des produits français, frais et issus des circuits courts, le « consommer local » s’est installé progressivement dans l’Hexagone. D’après le baromètre E. Leclerc des nouvelles consommations réalisé par Ipsos fin avril 2020, près de la moitié des Français (45 %) privilégient les produits « Made in France ». 37 % d’entre eux achètent davantage de produits frais qu’avant la crise et 63 % disent se tourner le plus possible vers des aliments locaux pour soutenir l’économie.

Pourquoi opposer bio et local ? L’un sans l’autre mène à un contresens. Consommer local sans consommer bio amène à accepter la présence et l’utilisation de pesticides. De nombreux consommateurs et consommatrices affirment préférer le local au bio, car ce choix leur apparait comme étant le meilleur pour soutenir le « made in France ».

Quels sont les enjeux derrière les modes de production et de transformation de notre alimentation ?

Climat : Le quart des émissions de gaz à effet de serre en France provient de nos assiettes

Contrairement à une idée reçue, consommer local au profit du bio ne peut se faire dans l’optique de préserver le climat. L’origine géographique n’est en soi que très peu liée à la durabilité écologique de notre alimentation. En effet, selon le réseau action Climat et les données nationales : « 84% des impacts écologiques de notre alimentation résultent de la manière dont les denrées alimentaires sont produites ». Ce chiffre atteint même 90% pour les produits d’origine animale et tombe à 67% pour les produits d’origine végétale. Le transport des produits ne représente ainsi qu’une part marginale de l’impact total de notre alimentation, il ne représenterait que 5% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire mondial.

En fait, seules 13,5% des émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation des Français sont imputables au transport des denrées, alors que 67% de ces émissions résultent de la phase de production agricole. Une tomate bio importée du Maroc a donc de fortes chances d’être plus vertueuse pour le climat que celle de notre voisin, cultivée avec des pesticides.

La principale source de pollution vient donc du mode de production et non du transport

Pour autant, même sur ce point, l’avantage du local n’est mesurable qu’à certaines conditions :

« Plus de proximité ne signifie pas forcément moins de gaz à effet de serre : si les moyens de transport sont inadaptés, si la logistique est insuffisamment optimisée ou si le comportement du consommateur est inadéquat » (source : ADEME)

Notons également que le type de produits consommés influe largement sur l’impact climatique. Lorsqu’on examine les émissions de la production agricole, on observe que 80% d’entre elles proviennent de la production de viande, d’œufs et de produits laitiers. S’ajoutent en effet, aux émissions de méthane résultant de la digestion des ruminants et aux émissions de CO₂ résultant de la déforestation, le protoxyde d’azote issu des engrais de synthèse utilisés en agriculture intensive et des déjections animales.

Biodiversité : mieux vaut consommer bio, local et de saison

Selon l’Office Français de la Biodiversité : « Lorsque vous consommez bio, local et de saison, c’est tout un cercle vertueux qui se met en place. L’agriculture biologique préserve l’eau et les sols en n’y versant ni engrais, ni pesticide de synthèse. La diversité des cultures, la préservation des prairies, des haies et des talus ajoutées aux jachères permettent d’abriter près de 30% d’espèces supplémentaires par rapport à des parcelles en agriculture industrielle : des fleurs sauvages, des oiseaux, des vers de terres, des insectes pollinisateurs, des araignées mais aussi des champignons et bactéries du sol. Et toute cette biodiversité rend la terre encore plus fertile. 

Par ailleurs, ces exploitations agricoles choisissent souvent de cultiver des variétés de fruits et légumes disparus menacés de disparition l’élevage de races locales ce qui encourage encore davantage la biodiversité.

En respectant la saisonnalité, on évite également de faire voyager des marchandises à travers le monde. En consommant des produits non traités, on évite d’absorber des produits chimiques dont les effets sur la santé humaine n’ont pas été suffisamment étudiés sur le long terme. Certains de ces produits ont par ailleurs des effets néfastes reconnus (cancers, perturbateurs endocriniens). »

Manger local, sans manger bio, c’est donc accepter l’utilisation de produits de synthèse nuisibles à la biodiversité.

Pesticides : seuls les labels bio garantissent l'absence de pesticides chimiques de synthèse

Manger local ou faire confiance à des marques faisant la promotion du local, sans aucun engagement environnemental, ne garantit pas une alimentation sans pesticide. Ni l’« agriculture raisonnée » ni la certification HVE ne permet d’avoir l’assurance d’une réduction significative de ces pratiques. Retrouvez plus d’informations dans la « Boussole des Labels »//lien et notre infographie comparative entre HVE et bio//lien.

Confiance : la garantie d’un label certifié permet de construire une relation de confiance

Manger local peut impliquer une relation de confiance avec le producteur ou la productrice. Ce lien est essentiel d’un bout à l’autre de la chaîne. Cependant, une relation de confiance ne peut être basée uniquement sur la dimension locale. Sans label, rien n’empêche votre producteur ou productrice d’utiliser des pesticides ou de ne pas respecter le bien-être animal, simplement parce qu’on habite à proximité.

Les labels garantissent le respect d’un cahier de charges exigeant et facilitent la confiance. De nombreux producteurs mettent en avant leurs pratiques sans aller jusqu’à la labellisation en bio. Cela implique alors une vraie relation de confiance allant jusqu’à la connaissance de la ferme et des pratiques au quotidien.

Sans cette relation, vouloir se passer du label, tout en affirmant respecter tous ses engagements, doit pouvoir être vérifié. En effet, le label bio est strict mais il reste accessible, tant financièrement que techniquement. Vouloir s’en passer c’est souvent se laisser la possibilité d’utiliser des pesticides, recourir à des semences non certifiées ou pratiquer des méthodes non compatibles, notamment dans l’élevage.

Relocalisation de la production : bio et local, c’est l’idéal !

C’est l’argument le plus pertinent pour promouvoir une consommation locale. Faire vivre son territoire en permettant de vendre localement a un impact réel sur l’économie locale. Une raison supplémentaire pour inciter les producteurs et productrices à s’installer en bio ou à convertir leur exploitation en agriculture biologique.

En bref, pour nous : bio ET local, c’est l’idéal.

Sources

https://ree.developpement-durable.gouv.fr/themes/defis-environnementaux/changement-climatique/emissions-de-gaz-a-effet-de-serre/article/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-de-l-agriculture

https://reseauactionclimat.org/manger-local-permet-il-de-reduire-les-impacts-environnementaux-de-son-alimentation/

https://www.fao.org/3/i6340f/i6340f.pdf

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