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PORTRAIT DE CONSOM'ACTEURS : JOSEPH

Joseph Broussard, nouveau relais local à Nantes, nous raconte son parcours de consom’acteur.

Comment avez-vous connu Bio consom’acteurs?
Par internet, en recherchant des associations au niveau national intervenant dans le domaine alimentaire. La finalité poursuivie et l’absence de relais local en Loire atlantique m’ont conduit à me rapprocher rapidement de Bio consom’acteurs.

Qu’est-ce que la consommation « responsable » selon vous ?
La consommation « responsable » implique de considérer les conséquences sur l’environnement (déchets, emballages, plastiques, gaspillages, etc….) de ses choix de consommateur, et en particulier sur la façon dont les produits consommés sont fabriqués. Choisir des produits alimentaires bio, de saison et si possible locaux favorise un mode de production durable respectueux de l’environnement et participant à la bio diversité. Toutefois j’évite d’utiliser le terme « responsable » qui renvoie à « irresponsable » ; il me semble plus mobilisateur de mettre en avant les avantages de l’agriculture bio pour le consommateur (santé, gustatif) et pour le producteur (santé, revenu, environnement).

Comment devient-on un consom’acteur ? Racontez-nous votre histoire, votre engagement personnel ?
En attachant assez tôt de l’importance à la qualité gustative (pour moi, un produit bio doit d’abord se différencier par le goût afin de convaincre le plus grand nombre) et nutritionnelle des produits alimentaires que l’on achète régulièrement (pain, fruits, légumes, etc…) ou plus occasionnellement (vin par exemple), les choix portent rapidement sur des produits plutôt de saison et provenant de producteurs respectueux de l’environnement (même s’ils ne sont pas tous bio). Ce souci du « bien manger » va de pair naturellement avec le plaisir de la table et de la cuisine. 
De manière plus globale, la lecture dès les années 1970 - 1980 (j’ai 65 ans !) des dossiers de Que choisir ? (détection des traces de pesticides dans les aliments, tests comparatifs produits bio, non bio, ) et les rencontres et discussions avec les producteurs bio via les marchés en particulier m’ont rapidement convaincu des dangers, pour la santé, l’environnement, des modes de production conventionnelle appuyés sur la chimie. Dans la région nantaise, les viticulteurs ont compris l’importance de sortir de ce mode de production pour valoriser leur terroir en s’affranchissant des négociants mais les maraichers sont beaucoup plus lents pour sortir du modèle conventionnel (cf le scandale du pesticide métam-sodium pour cultiver la mâche).
Toutefois mon engagement personnel s’est longtemps limité à un comportement individuel dans mes actes de consommateur. La création récente de notre association (Transition Ecologique et Agricole Maintenant) dont l’objet principal est de rapprocher le plus grand nombre de consommateurs des producteurs respectueux de l’environnement, est le début de mon engagement collectif.

Selon vous, quels sont les enjeux d’une transition écologique aujourd’hui ?
Au niveau alimentaire, la transition écologique doit conduire une majorité de producteurs vers des modèles de production favorisant la bio diversité et respectueux de l’environnement. Ces enjeux du point de vue de la production sont essentiels et doivent absolument être relevés rapidement. La France est l’un des pays les plus utilisateurs de pesticides, les dégâts environnementaux sont multiples et les changements sont trop lents et peu stimulés globalement par les pouvoirs politiques qu’ils soient au niveau local, national ou européen même les évolutions les plus significatives se traduisent localement. Pourtant les voies à suivre pour développer un modèle fondé sur l’agroécologie permettant de répondre aux besoins de la population sont connues et largement diffusées par des agronomes comme Jacques Caplat ou Marc Dufumier. Il existe une alternative à tous les pesticides (glyphosate, néonicotinoïdes, etc, …), c’est de sortir du modèle conventionnel chimique. Leurs échos sont toutefois encore trop faibles par rapport aux lobbies de l’agro industrie et de la FNSEA. 
Face à la lenteur de la transition, le rôle des consommateurs est déterminant. Notre monde développé, marketé, conditionne l’acte d’achat en particulier via les enfants. Se débarrasser du Nutella au petit déjeuner nécessite un long combat auprès de ses petits enfants ! Par nos achats nous pouvons non seulement résister à la pression publicitaire des multinationales (les « multi-monstres » selon Jean Rouaud dans son dernier livre « l’avenir des simples ») mais également ouvrir les débouchés aux producteurs ayant opté pour un mode de production durable. 
En résumé, les enjeux de la transition sont d’ordre nutritionnel et de santé publique (sortir de la mal bouffe et limiter les facteurs de comorbidité du Covid par exemple) et d’ordre environnemental évidemment. Ils sont connus mais ne mobilisent pas suffisamment les acteurs économiques et politiques.

Quels conseils donneriez-vous à un.e novice qui veut se lancer dans la consommation responsable ?
Tout d’abord réinvestir la cuisine et l’art de la table, la préparation des plats à partir de produits de saison et sains. Un poulet dont les os ne résistent pas au couteau et des tomates qui se transforment en eau questionnent généralement le (la) cuisinier (ère) ! Se rapprocher le plus possible des circuits courts, via les marchés, les ventes chez le producteur, les réseaux de distributions bio et équitables etc… permet de mieux connaître les métiers des producteurs bio et l’origine de la qualité des produits consommés. 
Tout cela demande du temps et de l’argent sans aucun doute. La période de confinement a permis à beaucoup de ménages de retrouver ce temps et de découvrir de nouvelles recettes. Consacré un certain budget à une alimentation saine reste toutefois  compliqué et une contrainte forte pour nombre de ménages. Mais « l’achat gagnant » des grandes surfaces n’a jamais été gagnant avec les produits d’appel qui arrivent directement dans le caddie ! Avec plus de 50% du bio, la grande distribution reste toutefois incontournable, souhaitons qu’elle soit plus vertueuse en limitant ses sur-marges dans les rayons bios.

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