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Bio ou HVE : Comment les différencier ?

Sujet à polémique suite aux derniers arbitrages de la PAC, la certification HVE semble prioritaire, alors que les aides à la bio diminuent. Pendant que dans les rayons, les produits HVE prennent de plus en plus de place… Décryptage.

La certification HVE ou « Haute valeur environnementale » a été créée en 2010 suite au Grenelle de l’Environnement pour reconnaître « les exploitations agricoles engagées dans des pratiques particulièrement respectueuses de l’environnement ». Elle est constituée de 3 niveaux, dont seul le 3ème permet l’usage de la mention valorisante « Haute valeur environnementale » (HVE) sur les produits issus de l’exploitation.

Il n'y a donc pas lieu de préciser "HVE3", puisque le niveau 3 est le seul à bénéficier de la mention Haute Valeur. Les 2 autres niveaux correspondent à une Moyenne ou Basse valeur environnementale.

Pour obtenir la certification HVE, les exploitations ont 2 voies

A/ Voie "Thématique" : accessible en cumulant 10 points sur 4 thématiques (irrigation, biodiversité, pesticides, fertilisation)
B/ Voie "Globale" : accessible en cumulant un chiffre d’affaire dans lequel les intrants sont inférieurs à 30%

Contrairement à l’agriculture biologique, il n’y a pas de période de « conversion » ni de contrôle annuel. Les contrôles se font tous les trois ans, par des organismes certificateurs agréés. Le cahier des charges implique uniquement la production et non la transformation, le stockage, l'étiquetage ou la commercialisation des produits, comme cela est obligatoire pour être certifié en agriculture biologique.

Si la voie B est largement critiquée, la voie A se veut plus vertueuse. D’ailleurs, l’OFB (office Français de la Biodiversité) et l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales), dans leurs récents rapports*, montrent qu’il est aisé d’obtenir les points nécessaires dans les différentes catégories en respectant simplement la réglementation en vigueur et sans changer de pratiques agricoles. Selon l’OFB : Il est même facile de "valider l'indicateur biodiversité sans qu’aucune des caractéristiques de l’exploitation ne soit particulièrement vertueuse au titre de la biodiversité". Une démarche qui n’est pas à très « haute valeur », finalement…

Sur l’environnement, HVE : une évolution ou un trompe l’œil ?

Sur l’approche globale (voie B), il apparaît trop simple de valider les critères sur l’environnement. Les résultats sont donc faussés par rapport à l’objectif de préservation de l’environnement, car ils ne tiennent pas compte de la réalité économique et environnementale des différentes filières. Selon le rapport de l’OFB « En l’état, cette approche peut permettre à la viticulture et au maraîchage notamment de bénéficier de la certification HVE sans évolution de pratiques, ni de réels bénéfices environnementaux liés aux modes de production des exploitations certifiées HVE ».
L’IDDRI préconise même une suppression de la voie B : « les données statistiques montrent en effet que les exploitations des filières à forte valeur ajoutée (viticulture) ou à fort coût de main d’œuvre (maraîchage) peuvent obtenir la certification sans aucune amélioration de leur performance environnementale. »
La voie B, largement majoritaire aujourd’hui n’apporte aucune plus-value environnementale pour les exploitations concernées, et constitue donc bien un trompe l’œil pour les consommateurs et les consommatrices, qui pensent ainsi acheter un produit qui protège l’environnement.

Une révision nécessaire de l’approche thématique (Voie A)

  • Biodiversité

La certification HVE est 3 fois moins exigeante que la future conditionnalité sur le critère biodiversité, selon le rapport de l’OFB :
« Ainsi, pour valider cet indicateur biodiversité, 10 points doivent être obtenus sur un total possible de 43 points. Pour une exploitation de 100 ha, avec 700 m de haies (6 points), 4 espèces végétales cultivées (1 point), la culture principale représentant 50 % de l’assolement (2 points) et une ruche (1 point), l’indicateur biodiversité est validé, sans qu’aucune des caractéristiques de l’exploitation ne soit particulièrement vertueuse au titre de la biodiversité. »

  • Produits chimiques de synthèses (pesticides, fongicides, insecticides)

Les exploitations peuvent maintenir leurs pratiques en adoptant des gestes simples (réduction des fuites, suivi des recommandations sanitaires, réduction d’un certain nombre de passages déjà jugés inutiles…)
Toujours selon le rapport de l’OFB : « Cet indicateur, bien que le plus exigeant de la certification, reste relativement accessible pour une exploitation engagée dans une démarche de réduction de l’usage des produits phytosanitaires. »

  • Intrants

Là encore, les directives déjà existantes permettent d’aller plus loin que ce que propose HVE : « Ainsi, la validation de cet indicateur nécessite d’obtenir 10 points sur un total possible de 27 points. Les items sont principalement basés sur les obligations de la directive Nitrates, qui permettent de dépasser largement les 10 points nécessaires lorsqu’elles sont respectées. L’item bilan azoté en particulier n’est pas exigeant par rapport à la moyenne nationale de ce bilan. »

  • Irrigation

A nouveau, pour obtenir le nombre de points nécessaire à la certification, les exploitations n’ont pas à opérer de révolution et la gestion quantitative et qualitative de l’eau attendra : « peut valider cet indicateur sans qu’aucune surface irriguée ne bénéficie de matériel ou de pratiques agronomiques favorisant les économies d’eau et sans limitation des prélèvements dans le milieu naturel en période d’étiage. Il ne s’agit donc pas d’un indicateur de résultats, mais d’un indicateur de moyens, ce qui ne correspond pas aux objectifs affichés de la certification HVE. »

Les rapports de l’IDDRI et de de l’OFB en arrivent aux mêmes conclusions, la voie B devrait être supprimée et la voie A largement révisée. En l’état, HVE n’apporte aucune garantie sur l’environnement, ni sur la gestion de l’eau ni sur des pratiques plus vertueuses. Les questions de commerce équitable, de rémunération des producteurs ou de bien-être animal n’y sont pas abordées non plus. Bio Consom’Acteurs, Action Aid et FAIRe un monde équitable publiaient en Mai 2021 le guide « La Boussole des labels » où l’on retrouvait déjà HVE dans un tableau comparatif. Les rapports de l’OFB et de l’IDDRI sur lesquels nous nous appuyons aujourd’hui confirment le classement donné
à la certification HVE dans la « Boussole des labels » (retrouver notre article dédié et notre lien de téléchargement).

 

Alors le dernier rapport du GIEC souligne l’urgence à changer de pratiques pour éviter l’accentuation exponentielle des phénomènes climatiques qui touchent déjà le monde et que le CNRS a publié un rapport sur la possibilité d’une agriculture bio et autonome en Europe à l’horizon 2050, il est urgent de revoir les arbitrages de la prochaine PAC et défendre une bio, locale et équitable !
Vous pouvez articiper à la campagne de mobilisation ici !

 

Merci et à Sabine Bonnot de l’ITAB , Fiona Marty de la FNAB et à A PRO BIO Hauts de France pour leur relecture et leur aide

Sources et liens utiles :
 
(*) Étude de l’IDDRI
(*) Site et étude de l’OFB
Site de HVE
Article du Monde sur HVE
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