Portrait de Bio Consom’acteurs : Bio Consom’acteurs Pays d’Angers ou la force du collectif

Depuis quand es-tu sensible à la bio et à des façons durables de consommer ?

 Cela a commencé au début des années 80. En 1974, j’ai été très impressionnée par la campagne de René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle. Je me suis alors mise à la recherche d’actions de protection de l’environnement, et vivant alors à Paris, j‘ai découvert la bio  à La Vie Claire, et des pistes  dans une librairie alternative du quartier. Personnellement, je suis venue à la bio pour la défense de l'environnement, qui n’est pas l’entrée première, c’est plus souvent pour des questions de santé que les gens s’y intéressent. Les problèmes de la fertilité des sols, de l’utilisation des engrais et des pesticides, de la qualité des eaux, de la disparition des fermes, de la concentration des élevages voilà les sujets qui me préoccupaient. J’en ai eu une perception en tant qu’informaticienne au sein de l’Union des Caisses Centrales de la Mutualité Agricole, la sécu des agriculteurs.

A Angers, en 1990, j’ai  intégré le comité de gérance de la coopérative de consommation « Caba », membre du réseau Biocoop. Après une période de mère au foyer, j’ai eu la chance de pouvoir combiner militance bio et nécessité économique en participant à la direction de la Caba et au Conseil d’Administration de BIOCOOP. Des cours  animés par Brigitte Fichaux avaient lieu à la Caba, ainsi j’ai été peu à peu formée à la cuisine bio. De par mes fonctions, j’étais en lien avec différentes personnalités, comme Gilles Daveau, Lylian Le Goff, et c’est à travers toutes ces rencontres et ces collaborations que mon engagement s’est confirmé.  

Qu’est-ce qui t’a alors mise sur la voie de Bioconsom'acteurs ?

Je me suis toujours placée comme une bioconsom’actrice, le commerce n’étant qu’un outil à son service. Renseigner et informer les gens étaient ce qui me tenait le plus à cœur. Je suis convaincue que le développement de la bio repose sur une pression économique exercée par les consom’acteurs sur la société en place pour lutter contre des lobbies très puissants et contribuer à la faire évoluer. Comme disait Coluche, « si ça ne vendait pas, ça ne se produirait pas » (!). Il faut atteindre au moins 10% de la surface agricole utile pour que les effets bénéfiques de la bio sur l'environnement soient efficaces, mais, nous n'y sommes pas encore… (5,7% en 2016 selon l’Agence bio). Il est donc toujours nécessaire de soutenir activement le développement de la consommation et de la production bio !

En 2005, j’ai participé à la fondation de Bio Consom’acteurs national. Nous voulions  booster la consommation et la production locales en créant des associations relais locaux en région. A  Angers, à trois, nous avons lancé le groupe Bio Consom‘acteurs Pays d'Angers. Avec l’appui à la communication de la CABA et d’un article dans Ouest France, nous avons organisé une première réunion qui a amené une vingtaine de consommatrices-teurs à nous rejoindre  C’est à partir des questions de ce premier groupe qu’est née l’idée du livret « La bio en questions ». J’ai été membre des conseils d’administration de Bio Consom’acteurs national et Pays d’Angers jusqu’en 2010 .En 2014, jeune retraitée, je suis retournée à BCAPA.

Comment êtes- vous organisés aujourd’hui à Bio Consom’acteurs Pays d’Angers et quelles sont vos actions ?

Etre une association loi 1901 nous permet d’être reconnu localement et d’agir. C’est aujourd’hui Christine Piveteau qui préside notre association locale, qui compte une soixantaine de membres. Le projet global de l'association est l’accompagnement des gens vers une transition alimentaire. A cette fin, nous fonctionnons avec des groupes de travail. Principalement :
-    Le groupe "Concrètement bio", qui se penche sur les pratiques quotidiennes d'alimentation, de cuisine et de jardinage. Ce groupe mène aussi des réflexions sur des sujets comme les produits d’entretien, les huiles, le sucre, l’eau pour élaborer ensuite des fiches thématiques communicables au grand public.
-    Le groupe « changer d'assiette » expérimente des recettes bios, simples, gourmandes et  économiques. Sur un thème, chacun arrive avec une recette réalisée à déguster, nous retenons les meilleures, les plus simples, les moins coûteuses, qui ne nécessitent pas trop de vaisselle, afin de les proposer sur nos stands avec l’assurance qu’elles soient réalisables par tous…
-    Le groupe « Etudie en bio » veut faciliter l'accès des étudiants au bio avec des actions menées sur les campus universitaires.

Nous avons besoin d’échanger beaucoup d’informations auxquelles chacun et chacune peut réagir, nous essayons actuellement de mettre en place des dropbox pour faire circuler l'information entre les membres d’un groupe et pouvoir ainsi mieux travailler ensemble.

Concrètement, nos actions se résument à :

L’élaboration de fiches grand public sur différents thèmes (eau, sucre, etc.) et de livrets de recettes. Ce sont nos outils principaux pour tenir des stands, lors de salons, manifestations sur la bio, dans les facs, c’est-à-dire partout où on nous demande et où nous pouvons trouver la disponibilité pour répondre présent ! Nous avons aussi créé un panneau qui présente notre projet décliné sous la forme d’un grand set de table représentant une assiette-terre, que nous exposons comme fond de stand. Ensuite, la dégustation de nos recettes à partir de produits bio, est en général toujours présente pour faire approcher les gens ! La mission correspond ici à accueillir, répondre aux questions sur la consommation et production bio, donner des informations pratiques, faire connaître les réductions aux étudiants dans les magasins bio,  tenter de trouver des compagnons pour nous rejoindre. Nous communiquons sur l’action des différents groupes et invitons les intéressés aux 2 prochaines réunions. Le conseil d’administration, les groupes « Concrètement Bio » et « Changer d’assiette » se réunissent tous les mois, et plutôt selon le besoin pour le groupe « Etudie en bio ».
Des accompagnements culinaires sont en projet. Par le passé, nous avons mené des ateliers avec Bruno Coudère, à la faculté d'Angers. Ce projet pourrait naître du groupe « Changer d'assiette ».

Projections-débats : nous y participons (mais sans être à l’initiative pour l’instant) dans des cinémas ou des lycées par exemple, dans le cadre du festival Alimenterre ou des actions de la CABA. Nous sommes aussi sollicités pour participer à des tables rondes comme dernièrement à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers pour le cursus de Master Ecologie et Développement durable.

Bio Consom‘acteurs Pays d'Angers existe maintenant depuis 10 ans, comment l’association locale arrive t’elle à perdurer dans le temps ?

Bio Consom’acteurs Pays d‘Angers porte une mission d‘éducation populaire sur la transition alimentaire. Deux piliers portent et orientent nos actions : tout d’abord s’accompagner les uns les autres dans la convivialité car il est nécessaire de se faire plaisir, ensuite pouvoir informer, car il est nécessaire de savoir pour se mettre en posture d’agir. Ne pas agir seul, c’est essentiel. Nous essayons de réunir un réseau, cela aide aussi à être contacté et à se faire une place localement. Ainsi nous sommes membres de l‘Interbio, association interprofessionnelle régionale bio basée à la Chambre d'agriculture, où nous siégeons au collège des consommateurs. Cela nous permet  d’avoir beaucoup de contacts avec les professionnels de la bio, et parfois des subsides quand nous rentrons dans les programmes de l'Interbio. Même si nous en bénéficions nettement moins aujourd’hui avec le nouveau Conseil Régional moins enclin à financer des actions de communication sur la bio. Nous agissons en partenariat avec des réseaux locaux comme Terre de liens, une association d'éco-formation, le collectif pour la  Transition citoyenne, etc., unissant nos moyens, diffusant nos infos réciproques, et en participant à des actions communes.